L’automatisation dans le recrutement : productivité versus rapports humains ?

4 juillet 2024

L'écosystème du recrutement connaît depuis plusieurs mois maintenant une profonde, (r)évolution, qui chamboule et divise ses acteurs: l'ascension des possibilités d’automatisation (avec personnalisation plus ou moins réussie) dues au hacking généralisé de l’IA sur notre quotidien professionnel. Ce virage technologique, ce changement de paradigme, toutefois, n'est pas sans risques. La quête incessante d'efficacité, de pro-duc-ti-vité (c’est tellement à la mode), ce graal d’une gestion du temps uniquement centrée sur “les tâches à haute valeur ajoutée” fait tourner les têtes, provoque l'apparition de moult coachs et d’experts qui surgissent comme les champignons en septembre dans la forêt de Bossey, et nous impose surtout un profond questionnement sur : quelles sont mes valeurs ? à quoi ai-je envie que mes journées ressemblent ? qu’est-ce qui, pour moi, est synonyme de réussite ? dois-je nécessairement laisser de côté des choses que j’aime faire si ces heures passées ne sont pas directement rentables pour ma société ? C’est parti.


Dans le recrutement, l'automatisation s'impose petit à petit (ou plutôt, à grands coups de massue !) comme une opportunité de rédiger une offre en deux coups de cuiller à pot, d'entrer en contact en 3 clics avec 10’000, de trier 5000 CVs reçus le temps d’un café à la machine, de sélectionner les candidats à partir d’enregistrements vidéos que l’on n’a même plus besoin de visionner (et qui, demain, seront réalisées par des avatars de candidats proposant les “meilleures réponses qui soient” à des questions élaborées par des machines). Bref. Un seul et objectif, aller plus vite : dans la diffusion du besoin et dans l’analyse des “matchs” potentiels. Avec l'intime conviction que pour fouiller dans la “big data”, rien de mieux que l’IA. Forcément, la qualité est au bout du chemin : des algorithmes qui s’appuient sur des algorithmes pour en extraire de nouveaux… Qu’est ce qu’on veut, déjà ? Ah oui : s’assurer que le poste qui est ouvert dans l’équipe de Jean-Michel soit pourvu rapidement, sans prendre davantage de temps à des recruteurs internes qui croulent déjà sous les besoins de recrutements stratégiques “pour hier”. Parce qu’une équipe sous-staffée, ça coûte cher, très cher à l’entreprise. Et que si Jean-Michel n’est pas content, ça va remonter dans les tours.


Oui mais voilà: le recrutement, c’est une affaire d’êtres humains. Des deux côtés de la vitre. De cerveaux et de cœurs qui veulent vibrer, être stimulés, sentir une connivence, un potentiel, se projeter, imaginer, réfléchir… Ici, les algorithmes, aussi “évolués” puissent-ils être, ne trouvent pas leur place. Sans parler des multiples rebondissements qui jalonnent tout recrutement complexe (les évolutions du “marché”, de l’écosystème, des besoins, de l’équipe déjà en place, de la mission, des objectifs, des métiers, des… des… la vie, en fait). Je peste souvent contre l’algorithme de Linkedin, qui évolue continuellement, parfois de manière drastique, mais quel algorithme est capable de se positionner en partenaire infaillible des recruteurs, en oreille capable de sentir les tendances d’une industrie, d’observer les mouvements sur une zone géographique ou un métier donnés, d’écouter les petits détails qui vont en réalité changer complètement la donne, de poser les questions qui vont permettre aux Hiring Managers de peaufiner la formulation de leurs attentes ? En sacrifiant la personnalisation, l’expertise humaine, l’écoute, la sensibilité au profit de la rapidité, nous tendons à perdre une composante importante : la nécessaire considération légitimement attendue par chacun: candidat.e, recruteur.euse, Hiring Manager. Et quand cette confiance, cette alchimie n’est plus, patatras. Les taux d’ouverture et de réponse des approches directes s’effondrent, les profils sont en décalage avec les besoins, les délais s’allongent, les parties prenantes s’épuisent… tout perd son sens premier.


Alors, comprendre les attentes de l'entreprise, apprendre à connaître les candidat.es, découvrir comment leur donner envie, créer un contexte leur permettant de montrer le meilleur d’eux/d’elles mêmes… Une perte de temps ? Vraiment ? Je suis convaincue que c’est là, le cœur du métier de sourceur / de recruteur: être capable d’identifier la zone ténue, le moment où une offre et un besoin se rencontrent. Et non, ce n’est ni une question de probabilité, ni de momentum… ni d’algorithme. C’est une question d’attention, d’expertise, d’envie… et de temps. Écrire un message personnalisé prend du temps, c’est indéniable. Mais vaut-il mieux en écrire 10 par jour, les adressés aux 10 personnes auxquelles les hiring Managers ont réellement envie de parler, et obtenir 8 réponses qui regorgent d’informations précieuses ? Ou vaut-il mieux appuyer sur un bouton, harceler 1000 personnes (parce que oui, quand le message n’est ni ciblé, ni personnalisé, on peut parler d'une forme de harcèlement), en faire rentrer 10 aux forceps dans son agenda pour une préqualification “à la volée” et en transmettre 2 à un Hiring Manager à bout de souffle ? Pour TheWhiteRabbit, le choix est vite vu: prendre le temps de parler aux gens - candidat.es, recruteurs.euses, Managers - c’est à la fois la clé du succès et, disons-le, ce qui fait que le métier de sourceur est le plus chouette du moment.


IL EST VRAI que l’IA s’avère être une alliée précieuse pour toutes les tâches vraiment dénuées de toute valeur ajoutée, et donc d’intérêt : mais on parle ici des manipulations de back office, en aucun cas de ce qui contribue, de près ou de loin, à établir des relations avec d’autres êtres humains. En libérant du temps, bien sûr que cela permet d’en gagner pour ce qui est essentiel : la réflexion, la construction… et les interactions.


Aussi, je propose de garder à l'esprit (ce point a fait l’objet d’un post précédent) le fait que derrière l'IA se trouvent des travailleurs et travailleuses sous-payés, opérant dans des conditions précaires et sur des tâches dont la répétition est plus que nocive pour leur équilibre psychique. La responsabilité sociale des entreprises adoptant l'automatisation dans le recrutement doit ici être soulignée, dès à présent et sur la durée.

July 4, 2024
"Peau de lapin... peau de lapin." Eh oui ! Pour cette rentrée 2023, TheWhiteRabbit s'offre un relooking ! L'agence a démarré son activité sur les chapeaux de roue en 2021 et n'avait jamais pris le temps de se poser sur son image, son positionnement, ses valeurs. Tout cela était très clair dans nos esprits mais, aspirés par le développement de notre activité, nous ne l'avions jamais posé sur papier ! Grâce à l'arrivée de Margot dans l'équipe, c'est désormais chose faite. Nous vous dévoilons ici les dessous de la toute nouvelle ligne éditoriale et graphique de l'agence: un esthétisme épuré et sans prétention, une posture de prestation sur-mesure et de partage des savoirs: nous n’avons pas fait les choses à moitié ! En réalité, l’image de marque, c’est bien plus important qu’on ne le croit (comme le souligne régulièrement Margot à tous ceux qui veulent bien l'écouter :-)). Aborder son activité avec le souci d'assurer la meilleure prestation qui soit, c'est (déjà) très bien. Savoir communiquer autour de cette notion, c'est encore mieux ! Chez TheWhiteRabbit, nous passons notre temps à prendre soin de la marque employeur des entreprises pour lesquelles nous sourçons / recrutons, à travers chacun de nos messages, chacun de nos échanges avec les talents, chacune de nos publications. Mais c'était un peu (complètement, si je suis tout à fait franche) au détriment du branding de l'agence, avec son logo dessiné en 2 heures sur le coin d'une nappe et son USP inexistante. Et c'était d'autant plus tentant de ne pas y investir de temps que jusqu'à aujourd'hui, nos Clients sont tous venus à nous sans aucune communication ni sollicitation de notre part ! Une bonne "claque" à l'ex-professionnelle du marketing que je suis, soit dit en passant: le bouche-à-oreille (et donc... une fois encore... l'humain), c'est décidément le meilleur canal de développement possible, le plus confortable, aussi ; et ça ne coûte "que" de faire en sorte que ses Clients deviennent spontanément vos meilleurs agents commerciaux !
July 4, 2024
Au plus proche de nos clients ! Installés depuis quelques années à Carouge, d'où nous diffusons notre expertise en "craquage d'algorithmes", en data analytics (débiaisage de jeux de données) et en stratégie de recherche d'emploi auprès des jeunes professionnels·elles du canton de Genève, TheWhiteRabbit se rapproche de Lausanne et investit l'écovillage de Grandvaux, à deux pas de l'épicentre de l'innovation industrielle et technologique romande. En bonus, une vue à couper le souffle sur le lac et les montagnes qui s'y plongent ! Le canton de Vaud, au-delà de ses reliefs à l'incontestable beauté et de ses bâtiments ultramodernes, est aussi un véritable hub d'innovation international qui a vu naître ces dernières années une multitude d'entreprises innovantes des secteurs technologique et industriel. C'est également le foyer d'Universités, d’Instituts et de pépinières de renommée internationale, tels que l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et ses spin-offs prometteuses, capables d'attirer les têtes pensantes de demain et de leur offrir un terreau de développement foisonnant. Toujours soucieuse de nouer et de préserver des relations exclusives et privilégiées avec ses clients·tes comme avec les candidats·tes, TheWhiteRabbit élargit son écosystème et participe à cette émulation des talents. Le digital, l'automatisation, le distanciel, oui. Pour un maximum de productivité et d'efficacité. Mais jamais - au grand jamais - au détriment de notre raison d'être et de ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue: entretenir des relations riches et authentiques, et susciter la possibilité, dès que faire se peut, de partager son expertise, de réfléchir ensemble et de construire autour d'une table (ou d'un café). Alors... à très vite à Grandvaux, Lausanne ou ailleurs ?
July 4, 2024
Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités ! À l'ère de la course effrénée aux innovations technologiques, ChatGPT arrive bien sûr en tête des plus notables de ces derniers mois. Et ce n’est que le début (du début). Est-ce que les possibilités que l’on touche désormais du doigt font rêver et donnent le vertige ? Oui. Est-ce que l’on est tous suffisamment conscients de l’envers du décor de l’IA ? A mon sens, clairement, non. Pour enclencher l’apprentissage d’une IA, il est primordial de passer par de l’annotation: on étiquette les données pour qu’elles soient convenablement répertoriées. C’est un travail titanesque de tâches extrêmement répétitives. Pour ce faire, rien de mieux que… Les humains, car l’intelligence humaine est, rappelons-le : l’incontournable socle d’une intelligence artificielle. Mais où et comment sont construits les algorithmes ? Je suis sourceuse. Les conditions de travail, je ne prends pas ça à la légère. Dans de nombreux cas, l'industrie du “travail numérique” est externalisée vers des pays en voie de développement, avec des coûts de main-d'œuvre extrêmement bas en comparaison avec ceux pratiqués “dans nos contrées”. Une enquête récente a révélé que l'entreprise SAMA, établie en Californie et se présentant comme une entreprise “éthique” spécialisée dans l'IA, employait des travailleurs kényans à Nairobi pour un salaire horaire inférieur à 2 dollars pour la tâche consistant à annoter du contenu pour ChatGPT. De manière générale, les annotateurs travaillent dans des conditions extrêmement précaires entretenues en partie par une bulle d’anonymat : ils n’ont pas de connaissance précise de l'entreprise pour laquelle ils contribuent (d’ailleurs, sait-on bien qui est derrière ChatGPT et comment sont indexées les données ? Selon quels critères, quels objectifs, quelle culture ?). Dans la plupart des cas, ces personnes sont conscientes qu'elles participent à l'entraînement des intelligences artificielles pour le bénéfice d’une entreprise dont la localisation demeure parfaitement floue. Pourtant, l'injustice est criante: des salaires de misère, des conditions de travail déplorables, pour enrichir des multinationales à l’origine de développements adoptés à l’unanimité sans aucune remise en question. Résultat du système: encore une fois, on creuse le fossé entre les ultra-riches (nous), les 1% de l’humanité qui consommons 99% des ressources de la planète et détenons 99% des richesses. Nous, les utilisateurs de chatGPT, qui nous délectons de la possibilité de créer des chiens-girafes avec un casque de motard à plumes. Et de gagner en productivité à tout prix, bien sûr, puisque là est la seule et unique forme de subsistance envisagée: le graal, la croissance à tout prix, sans se poser de questions ! Reprenons le cas de ChatGPT et de SAMA. Outre le fait que les employés sont rémunérés à moins de deux dollars de l'heure, leur travail implique la détection de contenus toxiques, dans le but d'améliorer les futures versions des modèles d'IA. Cela signifie qu'ils sont confrontés à des milliers de textes traitant par exemple d’inceste, de mutilations, de meurtres ou de tortures, certains d'entre eux avec un caractère pour le moins explicite. Cette exposition répétée à des contenus aussi violents peut avoir des conséquences sur la santé mentale des personnes qui la subissent. Est-ce que quelqu’un en tient compte ? On peut s’inquiéter à bon escient de la protection de ses données (personnelles, professionnelles) lorsqu’on les rentre dans ChatGPT, et, pourquoi pas, de la notion de propriété des “créations” générées par l’IA (le fameux chien-girafe qui fera une carte de vœux tellement fun). Mais QUI, aujourd’hui, questionne la responsabilité des entreprises qui “emploient” les annotateurs tout en déterminant pour nous de manière tout à fait opaque, partiale et capitaliste la vision que l’on doit avoir du monde ? (ce nouveau monopole que l’on est en train de mettre en place joyeusement fera très probablement l’objet d’un prochain post) La solution ? Je ne l’ai pas. Est-ce que je boycotte ChatGPT pour autant ? Loin de là. Je l’ai moi aussi intégré dans mon quotidien professionnel il y a des mois de cela, et je le vois grignoter aussi petit à petit mon quotidien personnel. Mais la réflexion ne fait que commencer, en est à ses prémices, et réveiller les consciences - du moins je l’espère - pourra peut-être contribuer à ce que les questions fondamentales d’équité, d’inclusivité, de respect, de décence… soient enfin mises au cœur du débat. Que la course continue, c’est désormais inévitable. Mais si on pouvait baliser un peu plus la piste, moi je ne dis pas non. Sources : https://time.com/6247678/openai-chatgpt-kenya-workers/ https://www.theverge.com/features/23764584/ai-artificial-intelligence-data-notation-labor-scale-surge-remotasks-openai-chatbots https://theconversation.com/enquete-derriere-lia-les-travailleurs-precaires-des-pays-du-sud-201503 https://www.france24.com/fr/%C3%A9co-tech/20230120-chatgpt-sama-l-entreprise-%C3%A9thique-derri%C3%A8re-les-scandales-de-mod%C3%A9ration-au-kenya
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